Vidéoprotection

Substantif féminin. Glissement sémantique de vidéosurveillance, censé présenter la surveillance passive (pour recueillir des preuves utilisables après les crimes) comme une protection active (pour empêcher les crimes), mais également pour faire oublier la composante d’espionnage liberticide en mettant en avant le fantasme sécuritaire qui est devenu le fonds de commerce électoral de tous les partis de droite depuis 2001.

Encyclopédie. La dernière méta-étude[1] sur l’efficacité de la vidéosurveillance dans la prévention du crime, sur 40 ans, aux États-Unis et au Royaume-Uni, fait état d’une efficacité significative mais modeste. Le problème méthodologique rencontré est que les résultats les plus positifs apparaissent dans des secteurs où l’éclairage a été renforcé et où la surveillance est accompagnée d’interventions directes de services de police, et tend à montrer que la surveillance seule est pratiquement inefficace. Les secteurs qui affichent la plus grande efficacité sont les parkings (UK) et les zones résidentielles (USA), ceux où l’efficacité est la plus faible sont les transports en commun (UK) et les centres-ville (USA). L’étude note qu’aucune tendance uniforme n’apparaît entre les pays, les mêmes protocoles de surveillance aboutissent à des résultats différents dans des pays différents. Cependant, il faut noter que la physionomie urbaine des États-Unis et du Royaume-Unis sont difficilement comparables (étalement urbain, civilisation de la voiture pour les USA, centres-ville historiques étroits pour le UK).


  1. PIZA, Eric L., WELSH, Brandon C., FARRINGTON, David P., et al. CCTV surveillance for crime prevention : A 40‐year systematic review with meta‐analysis. Criminology & Public Policy, 2019, vol. 18, no 1, p. 135-159. doi:10.1111/1745-9133.12419 

Réalité

Substantif féminin. En principe, concept métaphysique et commodité intellectuelle désignant l’ensemble de ce qui existe, de façon unifiée. En pratique, vision étriquée de celui qui parle, sur le monde et son état.

Encyclopédie. La réalité est comme la Lune : nous voyons tous la même. Le problème est que nous la voyons tous sous un angle différent. Donc en fait, nous ne voyons pas tous la même. Le problème est donc, in fine, que nous sommes obligés de nous en tenir à nos sens pour former une construction mentale de la réalité. Alors que sa définition est universelle, sa manifestation sensible est toute relative et subjective.

Depuis quelques années, le recours à « LA » réalité est devenu un nouveau point Godwin : elle ne tolère plus aucune réfutation et termine tout débat par K.O. de tous ceux qui se la voient assénée. On nommera tous ceux qui ne souscrivent pas à la même vision de la réalité que nous des « déconnectés », voire des « complotistes ». En pratique, « LA » réalité est toujours vue sous l’angle des dominants.

C’est d’autant plus gênant que la perception de la réalité est plastique. Ainsi, il a été montré que la connaissance a priori de la couleur d’un objet conditionne sa perception[1]. En recherche scientifique, où la réalité est la base de toute mesure, on ne trouve que ce qu’on cherche : la recherche moderne part généralement d’une hypothèse formulée a priori à partir de laquelle une expérience est conçue pour tenter de la valider (et non d’une campagne de mesures faites à l’aveugle en espérant y trouver une piste aboutissant à une hypothèse ad-hoc).

Et la mémoire de la réalité est encore plus plastique que sa perception. Il a été montré que la mémoire enregistre des couleurs toujours plus vives que les couleurs d’origine des objets[2], mais aussi qu’il est facile de ré-écrire les couleurs dans la mémoire[3] en manipulant le sujet. De façon générale, le cerveau réécrit en permanence les souvenirs et peut même créer de faux souvenirs[4]. Tout ceci pose de graves questions sur la pertinence et l’exactitude du « témoin oculaire » dans les affaires judiciaires.

De la réalité, on ne voit guère que ce qu’on y cherche, on ne comprend que ce qu’on connaît déjà, et on se souvient fort mal. Le glissement de la réalité en tant que concept métaphysique (universel et uniforme) vers la réalité en tant que construction mentale tirée de nos sens (biaisée, relative et sujette à caution) est une fallacie et relève du terrorisme intellectuel quand il sert à invalider la perception de l’interlocuteur.

Enfin, on pourrait penser que les sciences donnent une représentation fidèle de la réalité, en effectuant des mesures sur des échantillons statistiquement représentatifs. Ça serait trop facile. En pratique, de nombreux biais peuvent exister sur les métriques retenues pour les expériences, sur leur interprétation, sur le caractère non-aléatoire ou partiellement biaisé des échantillons choisis, et enfin les sciences étudient la réalité par très petits morceaux et sont confinées aux sujets matérialistes. La vision scientifique de la réalité peut donc être tout aussi biaisée, et reste morcelée d’une façon qui peut même rendre les morceaux irréconciliables (comme les deux physiques, quantique et newtonienne, dont les définitions de la matière et ses comportements varient en fonction de l’échelle de taille utilisée). De plus, les scientifiques n’ont pas les ressources nécessaires pour étudier toutes les ramifications de la réalité, et donc la perception individuelle et collective reste l’étalon du réel sur tous les sujets hors du champ d’étude.


  1. WITZEL, Christoph et HANSEN, Thorsten. Memory Effects on Color Perception. Handbook of Color Psychology, 2015, ch. 3, p. 641-665, Cambridge University Press. https://www.researchgate.net/publication/289220520_Memory_Effects_on_Color_Perception 

  2. SIPLE, Patricia et SPRINGER, Robert M. Memory and preference for the colors of objects. Perception & psychophysics, 1983, vol. 34, no 4, p. 363-370. https://link.springer.com/content/pdf/10.3758/BF03203049.pdf 

  3. LOFTUS, Elizabeth F. Shifting human color memory. Memory & Cognition, 1977, vol. 5, no 6, p. 696-699. https://link.springer.com/content/pdf/10.3758/BF03197418.pdf 

  4. CORSON Yves, VERRIER Nadège, Fonctionnement mnésique et faux souvenirs, dans : Les faux souvenirs. sous la direction de Corson Yves, Verrier Nadège. Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, « Le point sur… Psychologie », 2013, p. 11-24. https://www.cairn.info/les-faux-souvenirs--9782804182014-page-11.htm  

Empathie

Substantif féminin. En principe, capacité à identifier les émotions d’autrui, notamment par l’interprétation du langage non-verbal. En pratique, depuis les années 2010, sensiblerie consistant à court-circuiter toute discussion rationnelle au profit d’émotions exacerbées et de pathos larmoyant, dans une approche particulièrement toxique du débat d’idées dominée par la pleurnicherie permanente, la victimisation plaintive et la constante recherche d’excuses, au détriment de la recherche de solutions tangibles et viables.

Héros

Substantif masculin. En principe, auteur d’un acte de courage exceptionnel ayant sauvé une ou plusieurs vies, y compris au détriment de la sienne. En réalité, depuis la présidence Macron, toute victime d’assassinat tragique, recevant des funérailles nationales et les honneurs d’un pays qui décore les perdants, faute d’avoir des vainqueurs sous la main.

Mafia

Substantif féminin. Structure de pouvoir et d’organisation politique et économique, de type familiale ou oligarchique, tenant lieu de proto-État et gérée de façon semi-clandestine pour le profit personnel de ses dirigeants, par tous les moyens nécessaires, incluant le crime.

Encyclopédie. On observe que la définition d’une mafia s’applique presque sans changement à un État classique. Le problème de la mafia est moins son goût pour le crime organisé que le fait qu’elle entre en concurrence avec l’État, puisque l’État utilise aussi l’impôt en échange de la protection physique voire économique de ses administrés, de même que l’assassinat politique et la force coercitive contre ceux qui s’opposent à lui.

La mafia sicilienne a également un rôle de régulation économique et de sécurité dans les territoires abandonnés par l’État central.[1]


  1. GAMBETTA, Diego. The Sicilian Mafia, the business of Private protection. Harvard University Press, 1996. https://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674807426 

Intention

Substantif féminin. Concept métaphysique référant à l’ambition ou à l’objectif du sujet quand il pose un acte.

Encyclopédie. La difficulté de l’intention est d’être intime, invérifiable, et inaccessible aux sens, ce qui rend tout raisonnement incluant l’intention dans l’argumentaire nul sur la forme. Les procès d’intention pourront être faits à charge comme à décharge sans que ça ne change rien à l’incapacité d’en réunir des preuves tangibles, et c’est en réalité l’imagination et les intentions des juges dans l’interprétation des faits qui fabriqueront de toute pièce l’intention qu’on voudra bien trouver au sujet. En vertu de quoi, l’intention est le plus sûr moyen d’attaquer une personne sans avoir à s’encombrer de preuves matérielles et sans devoir se limiter aux faits réels, mais aussi la pire tentative de disculper une personne des conséquences désastreuses de ses actes sur la base de la pureté de ses objectifs.

À toutes fins pratiques, ce qui n’est pas tangible n’est pas prouvable, et ce qui n’est pas prouvable est sans objet.

Catéchisme laïque

On ne dit pas…

Il faut éduquer la jeunesse aux valeurs de la république.

Mais :

Il faut investir dans la propagande, imposer le catéchisme républicain obligatoire à l’école et un an de service civil obligatoire dans les Jeunesses de la République démocratique populaire bananière de Gaule romaine, pour lui apprendre à aimer la mafia bourgeoise et à respecter la monarchie présidentielle.

Laïcité

Substantif féminin. Religion d’état inventée à la fin du XIXe siècle par les anti-cléricaux pour bouffer du curé, faisant passer le déni de fait religieux dans l’espace public pour de la tolérance, mais pas trop fort non plus (les fêtes catholiques restent des congés nationaux obligatoires, les processions catholiques restent autorisées sur la voie publique sous couvert de tradition populaire, le président de la république reste chanoine du Latran, les juifs restent de sales enfoirés).

Véritable couteau suisse de la lutte dogmatique, la laïcité est réutilisée au XXIe siècle par les milieux bourgeois chrétiens pour s’opposer à la montée de l’effrayant islam politique, comme si les «  valeurs  » laïques n’étaient pas reprises telles quelles au christianisme. Sous couvert de tolérance de toutes les religions, la laïcité permet ainsi de servir du poisson, le vendredi, dans les cantines scolaires sans créer la moindre controverse, tout en s’offusquant qu’on puisse y demander des menus halal. Le non-laïque, comme l’intolérant, c’est toujours l’autre.

Religion

Substantif féminin. Système métaphysique d’unification conceptuelle des aspects matériels et immatériels de l’existence, ayant dégénéré en coutumes puériles, morale exigüe, et superstitions idiotes procurant au sot et au crédule un réconfort passager en lui fournissant une figure tutélaire paternaliste, tantôt bienveillante, tantôt inquiétante, qui surveille et sanctionnera ses actes. La religion s’alimente de trois faiblesses de l’esprit du primate homo sapiens :

  1. la crédulité,
  2. la vanité de vouloir trouver une raison à toute chose,
  3. la peur de la mort.

Encyclopédie. Avoir un ami imaginaire, passé l’âge de 7 ans, relève de la psychiatrie. Si les croyants ne sont pas tous internés, en 2021, c’est seulement par manque de place.

La seule différence entre une secte et une religion est le nombre de fidèles. On s’amusera du fait qu’il existe des lois contre les sectes mais aucune contre les religions. En 2021, on n’a pas le droit d’avoir du sexe avec un mineur, mais on a parfaitement le droit de l’endoctriner dans une religion qu’il n’est pas à même de refuser.

Morale

Substantif féminin. Système arbitraire de croyances et de valeurs bricolé par dessus la religion par les dominants, et imposé par eux sur des dominés qui ne leur ont rien demandé, censé garantir, d’une part, un ordre social qui ne bénéficie qu’aux premiers et ne réprime que les seconds, d’autre part, une cohésion sociale dont la société elle-même n’a cure et qui n’est rien d’autre qu’un fantasme de ses dirigeants.

Encyclopédie. Les règles sont bafouées en premier par ceux qui les ont écrites, et il n’est d’ordre que bourgeois. À partir de quoi la morale n’apparaît que comme un outil répressif et oppressif qui vise à contrôler le bas peuple sous des critères qui paraissent indiscutables alors qu’ils ont fatalement été décidés par quelqu’un, qui avait peut-être tord, ou pire : qui avait quelque chose à vendre.